Les fiches pratiques

Les engrais verts en viticulture

Depuis 2010, l'IFV Sud-Ouest étudie l'intérêt technico-économique de l'implantation d'engrais verts en viticulture pour différentes productions de vins du Sud-Ouest. Les éléments théoriques présentés ici sont adaptés d'une fiche technique réalisée par l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique.

Qu'est-ce qu'un engrais vert ?

On peut définir un engrais vert comme toute plante cultivée pour augmenter la fertilité du sol et non pour être récoltée. La culture d’engrais verts est une pratique ancestrale et connue de tous ; elle est utilisée dans de nombreux systèmes de culture (rotations à base de céréales, maraîchage…). Les aspects techniques à mettre en oeuvre sont cependant délicats et doivent être réfléchis si on veut bénéficier des effets positifs attendus au niveau du sol. En viticulture, cette pratique très répandue en Californie par exemple est encore peu étudiée en France. Elle pourrait s’avérer intéressante hors de la période végétative de la vigne ou bien pour gérer le repos du sol après un arrachage.

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Pourquoi implanter un engrais vert ?

L'implantation d'engrais vert peut présenter plusieurs intérêts :

  • amélioration de la structure du sol. L’action mécanique des racines de l’engrais vert permet d’ameublir le sol de l’inter-rang jusqu’à 1,5 m de profondeur et d'améliorer la pénétration de l’eau et de l’air. Les exsudats racinaires et les microorganismes de la rhizosphère du couvert végétal contribuent également à stabiliser les particules de terre
  • amélioration de la fertilité minérale : certains engrais verts, comme les Crucifères pour la potasse, utilisent les éléments minéraux sous forme insoluble alors qu’ils sont inutilisables tel quel par la vigne. La destruction de l’engrais vert permet leur restitution à la vigne sous une forme assimilable. Les engrais verts permettent également en stockant les éléments durant l’hiver de limiter les phénomènes de lessivage par les pluies. Les Légumineuses contribuent à enrichir le sol en azote par fixation symbiotique de l’azote atmosphérique si le temps de culture est supérieur à 50 jours
  • apport de matière organique et amélioration de l'activité biologique. Les engrais verts stimulent l’activité biologique du sol de manière rapide et intense pendant leur croissance et surtout après enfouissement. Les quantités d’humus formées permettent d’entretenir le taux de matière organique du sol mais sont souvent insuffisantes pour le faire remonter
  • protection contre l'érosion et le ruisssellement. Les engrais verts comme
    l'enherbement permanent ont une double action de protection du sol et d'amélioration de la capacité d'infiltration de l'eau. Ils permettent ainsi de diminuer le ruissellement et de lutter contre l’érosion

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Quelles espèces sont régulièrement utilisées ?

Dans quelques cas très rares comme pour la moutarde sauvage (photo ci-contre chez Opus One dans la Napa Valley), la végétation spontanée se développant sur une parcelle peut jouer le rôle d'engrais verts. Cependant, dans la majorité des cas l'implantation d'engrais verts nécessite la réalisation d'un semis. La culture des engrais verts étant encore assez peu pratiquée en viticulture, les semences disponibles sur le marché sont issus de la céréaliculture ou du maraîchage. Les familles d'engrais verts sont classés en fonction de leur aptitude à fournir du carbone (“lent” ou “rapide”) et de l’azote. Le carbone “lent” correspond aux matières riches en cellulose et lignine comme les céréales à paille. Le carbone “rapide” est associé aux Graminées prairiales et aux Crucifères, sources de sucres facilement dégradables. Les légumineuses quant à elle apportent de l'azote. Afin de s'assurer que les microorganismes puissent dégrader correctement la matière organique sans priver la culture d'azote (faim d'azote), il apparaît souhaitable de mélanger les engrais verts afin de disposer d'une formulation équilibrée entre carbone lent, rapide et azote. Le tableau ci-dessous présente quelques-unes des espèces utilisables en viticulture avec semis entre mi-août et mi-octobre :

Famille Nom commun période implantation dose de semis
(kg/ha)
sensibilité
au gel
production matière sèche T/ha
Graminées seigle août à octobre 40-120 peu sensible 3 à 8
avoine septembre à octobre 120-150 peu sensible
-13°C
3 à 6
triticale septembre à octobre 100 sensible 5 à 10
Légumineuses trèfle incarnat août à septembre 25 à 30 peu sensible 4 à 6
féverole septembre à octobre 160-200 sensible
-5°C
5 à 8
vesce commune août à septembre 100-200 peu sensible
-10°C
3 à 8
pois fourrager août à septembre 50-150 peu sensible
-10°C
5 à 8
fénugrec août à septembre 15-50 assez sensible
-7°C
4 à 6
Crucifères navette fouragère août à septembre 10 à 20 sensible 3 à 5
colza fourager août à septembre 8 à 15 peu sensible 4 à 9

NB : 1 ha de vigne = 50 à 75 ares d’engrais vert semés

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Les engrais verts ont-ils une action anti-nématode ?

Une action anti-nématode ou nématicide est parfois décrite pour quelques engrais verts comme la tagète des parfumeurs, l'avoine ou certaines crotalaires. Cette action, obtenue grâce à des composés exsudés ou libérés lors de la décomposition du végétal, concerne uniquement les nématodes des genres Meloïdogyne et Pratylenchus responsables de dégats directs. Ces mêmes engrais verts n'ont aucun impact sur les nématodes vecteurs du court-noué car la profondeur d’exploration des racines de l’engrais vert est très souvent insuffisante (< 1,5 m) pour avoir une action efficace sur Xiphinema index.

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Comment implanter puis détruire un engrais vert ?

  • préparation du sol et semis : le sol doit être suffisamment émietté pour permettre une bonne levée. Sur vigne en place, un passage de houe rotative ou un à deux passages de vibroculteur peut suffire. Le semis est réalisé à la volée ou avec un épandeur d'engrais idéalement pendant la période des vendanges afin de profiter des températures clémentes et des pluies de fin d'été ou d'automne ou courant octobre / début novembre en adaptant le choix de espèces. Il est conseillé de rouler ou de réaliser un griffage superficiel après le semis
  • fertilisation : aucune fumure n'est en général à prévoir car l'apport de fertilisants a tendance à favoriser le développement des parties aériennes au détriment des racines. Si elles sont semées tardivement, les Crucifères peuvent nécessiter un peu d'azote et un léger apport de fumier peut s'avérer bénéfique
  • destruction du couvert : le choix du mode de destruction dépend des objectifs recherchés. Le broyage et le fauchage réalisés au printemps permettent de détruire les parties aériennes et de les faire sécher. La présence d'engrais vert accroît les risques de gel printannier. Ce paramètre peut être pris en compte pour décider de la date de destruction. Le fauchage est intéressant lorsque la végétation est peu développée ou pour réaliser un mulchage et permettre d'entretenir le sol sans désherbage chimique ou travail du sol. L'avantage du mulchage par rapport au broyage est de ralentir la minéralisation de la matière organique, de limiter les faims d'azote et d'éviter les "à coups" pour la vigne. Une solution alternative consiste à passer un matériel spécifique nommé rolofaca qui permet de coucher les couverts végétaux au sol et de les pincer pour arrêter la montée de la sève. Contrairement au broyage et au fauchage, la croissance du couvert est stoppée et la dégradation de la partie "pincée" se fait très lentement. Sur une parcelle en pente, ce type de pratique peut compliquer le passage des tracteurs (glissement). L'enfouissement du couvert végétal est facultatif et doit être raisonné en fonction de ses objectifs : il permet une libération d'azote rapide et une disponibilité pour la campagne en cours. L'enfouissement du couvert végétal doit se faire en fonction de son état d'humidité et ne doit jamais être réalisé sur sol humide. S'il est réalisé 1 à 2 jours après le fauchage ou broyage, la décomposition se fera rapidement avec une minéralisation importante. On peut envisager de le laisser sécher 30 à 60 jours. L'enfouissement se fait en une à deux fois selon les espèces avec un outil à dents ou à disques

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Quel est le coût d'un engrais vert ?

Le coût d'implantation et de destruction d'un engrais vert a été estimé grâce au logiciel Viticout® développé par l'IFV Sud-Ouest. Il fait apparaître que le semis automnal tous les inter-rangs, incluant la main d'oeuvre, le coût de la traction et les semences représentent environ 250 €/ha. La provenance des semences est un facteur important de réduction du coût. En ce qui concerne la destruction, il faut compter environ 35 €/ha pour le passage du rolofaca et 55 €/ha pour l'enfouissement.

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Quels sont les essais mis en place par l'IFV Sud-Ouest et ses partenaires ?

L’expérimentation mis en place par l'IFV Sud-Ouest sur les vignobles de Gaillac, de Madiran avec la SICA Altema et des Côtes de Gascogne avec la Chambre d'Agriculture du Gers, porte sur la recherche du type de couvert le plus adapté (associations d’espèces) ainsi que sur les modalités de destruction des couverts, avec deux objectifs principaux: réduction des intrants et amélioration de l’alimentation azotée de la vigne. Plusieurs couverts végétaux plurispécifiques (avoine, pois fourrager, féverole, vesce, lupin, trèfle...) sont implantés dans l’inter-rang de vigne et comparés à un enherbement naturel des inter-rangs. L'objectif est de trouver le juste équilibre entre participation à la fertilisation azotée et reconstitution de l’humus du sol, et de permettre une libération de l’azote au moments-clefs du cycle de la vigne ( floraison, véraison). Sur chacun des sites, en plus d'une analyse économique, sont analysés plusieurs paramètres viticoles (nutrition azotée, rendement, vigueur…).

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En savoir plus sur les engrais verts en viticulture
 
 
V’Innopôle - BP 22 Brame-Aïgues - 81310 Lisle sur Tarn - Tél : 05.63.33.62.62 - fax : 05.63.33.62.60 - liliane.fonvieille@vignevin.com
 
creation site internet Saint Brieuc
 
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